Audrey’s dance

Musique, Série

Sherilyn Fenn, superbe Audrey Horne dans Twin Peaks, de David Lynch et Mark Frost.

Twin Peaks. Beaucoup de choses ont été dites, pour ne pas dire tout, sur cette série. Comme toute oeuvre de David Lynch (qu’il a créée avec Mark Frost, ne l’oublions pas) il y a de la magie et du rêve. Tout pourrait être ramené au personnage de Dale Cooper, du moins le Dale Cooper des deux premières saisons. Il est réaliste, cartésien. Mais il écoute son instinct et fait confiance à ses rêves. Il se sert de tout ça pour mener son enquête et ça lui réussi plutôt bien, même si ses méthodes sont assez peu conventionnelles.

Twin Peaks, c’est une communauté qui veut préserver sa façon de vivre. Mais qui accepte les autres à partir du moment où on l’accepte telle qu’elle est. Bien sûr, c’est aussi une histoire policière, mais ce n’est qu’un prétexte pour développer des personnages tout plus intéressants les uns que les autres, les gentils comme les méchants. Certains sont plus attachants que d’autres, mais ils ont tous quelques choses à dire.

C’est un univers où le quotidien, le banal, le quelconque, cache toujours quelque chose. Un univers plein de secrets, de non-dits et de mystères.

Audrey’s Dance (Instrumental) – Angelo Badalamenti

Mulholland Drive

Cinéma

J’ai trouvé une superbe version de très bonne qualité mais sans sous-titre. Ceux que j’ai trouvés étaient particulièrement mauvais, façon Google traduc. Il m’a donc fallu tout refaire. Ca m’a pris plusieurs jours, mais le jeu en valait la chandelle. Il y a de la magie dans ce film et je le regarde, toujours avec le même plaisir. Beaucoup de choses ont déjà été dites et je ne vois pas ce que je pourrais ajouter. J’aime ce film comme on peut aimer un rêve, même si le rêve tourne au cauchemar, un cauchemar dont un ne veut pas s’extraire.

Pour plus de détail.

Dream in Paris

Série

Nous sommes comme le rêveur qui rêve et ensuite vit à l’intérieur de son rêve.
Mais qui est le rêveur ?

Photo et texte : Twin Peaks, saison 3.

Ecrire est une sorte de rêve et il ne sert à rien de réfléchir. Il faut travailler comme le fait l’artisan qui fabrique un meuble et qui ne se pose qu’une question : est-il solide ? L’esthétique est une chose très aléatoire puisque chacun a sa propre opinion et qu’elle change en fonction des époques.

Twin Peaks

Série

Kyle MacLachlan. Ce comédien est vraiment remarquable. A noter qu’il est né à Yakima, dans l’état de Washington, état dans lequel est située la ville de Twin Peaks.

David Lynch a dit de lui : Kyle joue des innocents qui sont intéressés par les mystères de la vie. Il représente la personne qui est assez sincère pour évoluer dans un monde étrange en évoluant en parallèle.

Eraserhead

Cinéma

Jack Nance et David Lynch (Photo de tournage).

Il est nerveux, craintif, regarde sans cesse autour de lui. Il n’est pas de ce monde. Il est d’ailleurs. Alors il s’évade, comme il peut. Il rêve sans doute, mais rien ne le prouve. Cette femme dans le radiateur existe peut-être vraiment, qui sait ?

Charlotte Stewart (Mary).

Sa copine, étant enceinte, il se voit contraint de l’épouser. Elle accouche d’une créature étrange. Ce n’est pas un humain, c’est un animal qui geint en permanence. Peut-être parce que lui non plus n’est pas de ce monde. Peut-être parce qu’il le sait, parce qu’il le sent. Quant aux autres personnages, sont-ils de ce monde. Tout dépend. On discerne deux catégories d’individus : Henri Spencer, le personnage central. Nerveux, craintif et qui regarde sans cesse autour de lui. Sa copine, les parents de sa copine. Et puis d’autres personnages mais qu’on ne voit que dans un cadre professionnel. On ne peut pas en dire grand chose.

La scène centrale du film et celle du repas. Henri Spencer a été invité par sa copine. Lorsqu’il apprend la nouvelle par une voisine, il est surpris, il pensait que tout était fini entre eux parce qu’il n’avait plus de nouvelles.

Allen Joseph (Bill, le père de Mary) et Jack Nance (Henry Spencer).

Il arrive. Sa copine lui fait remarquer qu’il est en retard. La porte qui mène à la maison est une porte ancienne, une porte en bois avec des vitres. Elle ressemble davantage à un porte intérieure qu’à une porte extérieure. On voit de la fumée qui sort de quelque part.

On dit souvent que les personnages évoluent dans un monde postindustriel, c’est faux. Les rues sont désertes, comme si tout était mort, mais Henri Spencer passe à côté d’une usine et on entend du bruit, on voit de la fumée. Des gens y travaillent. Tout semble fonctionner normalement.

Il entre. La décoration de la pièce principale est sobre. On entend du bruit, un autre bruit, un bruit étrange. C’est une chienne qui nourrit ses petits. Henri Spencer et sa copine sont assis dans un canapé, la mère, dans un fauteuil, le père sur une chaise, il est attablé, déjà.

La mère pose des questions à son futur gendre. Le ton est froid, sec. Il répond. On apprend qu’il est imprimeur et qu’il est en vacances. Les réponses sont succinctes, aussi succinctes que les questions.

Jeanne Bates (La mère de Mary) et Jack Nance (Henry Spencer).

Puis c’est le père qui parle. De son métier – il est plombier – et c’est lui qui a installé tous ces tuyaux que l’on voit un peu partout. Non, il n’ont pas poussé tout seul. Ce qui lui a occasionné des problèmes aux genoux. Regardez-les, voyez comme ils sont devenus, il les montre. Mais la mère le fait taire. Il ne doit pas parler de ça. Elle l’entraine dans la cuisine. Il a juste le temps de demander à Henri s’il a faim. Car le repas est presque prêt.

A présent, nous y sommes dans la cuisine. La grand-mère est assise sur une chaise. Elle ne bouge pas, ne parle pas. La mère prépare la salade. Après l’avoir nettoyée et versés dans le saladier, elle le pose sur les genoux de la grand-mère, lui prend les mains, les ajuste sur les couverts et lui fait remuer la salade. La grand-mère ne semble pas consciente de ce qu’on lui fait faire. Puis la mère pose le saladier près de l’évier, met une cigarette entre les lèvres de la grand-mère et allume la cigarette. Et la grand-mère fume. Elle fume comme elle ferait autre chose.

Jack Nance (Henry Spencer et sa progéniture).

Dans la salle à manger, tout le monde est autour de la table. Presque tout le monde : Le père, la mère, Henri et sa copine. On a oublié la grand-mère qui fume mais ne mange pas. Au centre de la table, un plat dans lequel ont été disposés des poulets. Des poulets d’une taille démesurément minuscule.

Et le père se remet à parler : Il y a X temps, son bras gauche est devenu inutilisable, un vrai poids mort. Les médecins lui ont dit que c’était foutu, qu’il n’y avait rien à faire, mais qu’est-ce qu’ils en savent. Il ne s’est pas résigné. Son bras, il l’a fait travailler. Ca a été long est difficile, mais il est arrivé à s’en servir de nouveau. Sauf qu’à présent, sa sensibilité a disparu et il a peur de se blesser. Avec un couteau, une fourchette, un clou, n’importe quoi. Il pourrait se taillader le bras sans s’en apercevoir. Aucune douleur, aucune sensation, rien.

Le sens : la robotisation, la mécanisation, la déshumanisation. Nous faisons des gestes, nous prononçons des phrases, mais sans en connaitre le sens profond. La communication avec nous-même, avec les autres est rompue. Lorsque le père parle, on l’empêche de s’exprimer. Son bras peut faire des choses, mais sa sensibilité est morte. Il est devenu une machine. La grand-mère remue la salade, mais sans savoir ce qu’elle fait. Et lorsque la mère, dans cette même scène, veut exprimer quelque chose, elle est incapable de maitriser quoi que ce soit. Elle embrasse son future gendre d’une façon érotique, voire sexuelle, car elle ne sait pas communiquer autrement, elle ne le sait plus. De même lorsque Henri Spencer découpe un des poulets. Il ne va pas jusqu’au bout, car l’animal se met à bouger. Ses ailes, tout aussi morte que lui, remuent d’avant en arrière et un liquide noir s’échappe de son corps. La mère a une crise, mais cette crise a toutes les apparences du plaisir et même de l’orgasme.

Derrière le robot, se cache un animal soumis à ses instincts les plus bas. Le sexe étant, ici, pris comme l’ultime moyen d’exprimer des émotions qui ne sont plus comprises.

Ceci n’est que l’ébauche d’une tentative d’interprétation de ce film qui reste, à bien des égards, très mystérieux.

Nota bene :

Charlotte Stewart est connue pour avoir interprété le personnage de l’institutrice de Walnut Grove, Mademoiselle Beadle, dans la série La Petite Maison dans la prairie. Elle a également interprété le rôle d’Elizabeth Briggs dans la série Twin Peaks, co-créé par David Lynch et Mark Frost. Elle y est la femme du Major Garland Briggs (Don S. Davis) et la mère de Bobby Briggs (Dana Ashbrook).

Quant à Jeanne Bates, elle interprète le personnage d’Irene dans Mulholland Drive, écrit et réalisé par David Lynch. On la voit au début du film avec Betty et à la fin juste avant que Diane se suicide.